Porcelaine et faits divers
Performance
- 14.03.2026 20:00 - 22:00
Il fait nuit. La Grande Halle du BPS22 est plongée dans une pénombre bleutée. Une longue table de banquet témoigne d’une fête interrompue. Gâteaux, volailles et gibiers, bouteilles de vin, coupes de fruits et bouquets fauchés s’étalent comme une orgie figée : chairs vernissées, reliefs monstrueux, appétits hypertrophiés dont le grotesque domestique pointe la vacuité et la petitesse des désirs consuméristes. La matière semble vouloir reprendre vie, prête à rejouer la farce d’un festin impossible. À l’opposé, un mur saturé de plus de 70 tableaux-photographiques offre une toute autre profusion : celle des faits divers dont la violence n’apparaît jamais frontalement, mais surgit dans un détail déplacé, une présence incongrue, une atmosphère trop bien éclairée pour être innocente, un décor propret où affleure l’inquiétude, un geste suspendu qui appelle une histoire.
Entre les deux, un dialogue de débordements se noue. Un corps emballé dans une bâche en plastique est trainé et caché au cœur d’une scène cylindrique qui rappelle un ring. Lorsque les auteurs du crime refont surface, ils se métamorphosent en céramiques pour se vendre au plus offrant, voire se donner, à titre gracieux. La performance qui s’y joue incarne une métaphore des corps et de l’acte créateur, retraçant la genèse de l’œuvre de Bachelot & Caron depuis l’illustration minutieuse de faits divers jusqu’à la matérialité charnelle de leurs céramiques récentes. Elle aborde l’ambivalence d’une création artistique menée en couple, le caractère érotico-animal d’une rencontre avec l’autre et la matière, l’expérience intime du duo, mais également l’usure des corps qui s’exhibent, s’étreignent, luttent pour leur survie dans un monde de plus en plus complexe. Face à cette mise en scène mêlant mythes fondateurs et renaissance, le banquet de céramiques se présente comme l’incarnation tangible de cette transformation. Chaque pièce, chairs d’émail et formes grotesques, devient symbole d’une incarnation désordonnée, presque baroque, de la pulsion créatrice. Par contraste, le mur de tableaux-photographiques archive des fragments du réel – les faits divers – comme autant de micro-mythologies populaires figées dans le temps.
De manière certes exacerbée, l’œuvre de Bachelot & Caron confirme la proximité entre pulsion destructrice et extase créatrice et témoigne de l’ambiguïté de notre rapport à la transgression. Si ce constat ne date pas d’hier - il est un lieu commun des discours tenus sur l’âme humaine – il en dit long, par son caractère répétitif, cyclique, transhistorique et même cathartique, sur l’imaginaire collectif et les implicites socio-culturels. Pas étonnant qu’après le mythe, le crime soit devenu source d’influence créatrice. Notre irréfrénable attirance pour les arrière-cours du réel1 et les passions qu’elles suscitent ont poussé Bachelot & Caron à scruter la vérité humaine dans une chorégraphie du choc, révélant dans le ring un miroir des luttes, de l’intimité et de la création elle-même.
1. Emmanuel et Mathias Roux, Le Goût du crime. Enquête sur le pouvoir d’attraction des affaires criminelles, Paris, Actes Sud, 2023.
Intervenants et intervenantes
Mise en scène / écriture / scénographie / lumière : John Carroll
Création musicale : Naomi Cawthorne et Pierre-Olivier Bourquard
Jeu : Louis Bachelot, Marjolaine Caron, Patrick Tanguy, Naomi Cawthorne, Pierre-Olivier Bourquard, John Carroll
Caméras : Tom Buchet et Pierre Tanguy
Merci à Marcus Berger, Achille Bailly, Rose Charbonnier, Vincent Bertrand, Luc Bréon, Iris Carroll, Aurèle Genestoux, Marjane Mouly, Enzo Perrier, Marius Plaksine, Jean Vermot et Antonin Vermot-Desroches
Infos pratiques
Au BPS22
Boulevard Solvay, 22
6000 Charleroi
> voir les itinéraires
sam. 14.03.2026
20:00 (environ 30 min)
Fermeture du musée à 22:00.
Tarifs
Seule l'entrée au musée est payante aux tarifs habituels.
6 € / 4 € / 3€ / Ticket article 27 / Gratuit
Sans réservation
Infos
+32 71 27 29 71 ou email hidden; JavaScript is required
