David Brognon (Messancy, Belgique, 1978) et Stéphanie Rollin (Luxembourg, Grand-Duché, 1980) travaillent ensemble depuis 2006 et produisent des œuvres à l’esthétique sobre, chargées d’une grande profondeur conceptuelle et d’une intense force émotionnelle.
Leur travail commun se nourrit d’une attention constante aux réalités vécues dans ce que notre société désigne, avec une certaine pudeur, comme ses "marges" : ces zones floues où se concentrent ceux qu’elle a, d’une manière ou d’une autre, pour une raison ou une autre, exclu : les détenus, les toxicomanes, les adolescents, les travailleurs licenciés, les pilotes éjectés de leur avion, et bien d’autres encore.
En côtoyant ces individus, tous deux témoignent d’une capacité remarquable à suspendre leur jugement et à s’affranchir des conventions sociales dominantes, afin de modifier la perception de ces situations. Car, comme l’explique Stéphanie Rollin, leur démarche consiste avant tout à "tenter de rétablir un équilibre dans le regard de l’autre". Elle ajoute : "Nous ne tapons pas du poing sur la table, mais modifions le point de vue."
Utilisant une variété de médiums – sculpture, photographie, vidéo, peinture, etc. – Brognon Rollin créent des œuvres d’une grande sobriété. Toutefois, il serait réducteur de les enfermer dans une esthétique particulière ou dans une solution formelle et technique unique. C’est avant tout les circonstances spécifiques de chaque projet qui dictent la forme finale choisie, une forme qui émerge naturellement du contexte de travail. Il peut s’agir de néons électriques reproduisant des lignes de vie, de photographies de sculptures, de mises en scène filmées, d’éléments de mobilier à la froideur clinique, ou encore d’objets minutieusement conçus à partir de techniques artisanales.
C’est précisément là que réside le tour de force qui les distingue : choisir la forme la plus adéquate pour chaque projet, sans jamais "l’assécher", afin que l’objet créé conserve la capacité d’incarner une histoire singulière. Chaque œuvre devient ainsi une invitation à pénétrer des récits uniques, des événements sensibles ou des anecdotes personnelles.
Entre 2020 et 2022, une première exposition monographique majeure leur est consacrée, au MAC VAL et au BPS22. Intitulée L’avant-dernière version de la réalité, cette exposition a donné lieu à la publication d’un catalogue.