Jane Graverol

Ixelles (BE), 1905 – Fontainebleau (FR), 1984

Née à Ixelles de parents d’origine française, Jane Graverol grandit dans un envi­ron­nement à la fois cultivé et con­traig­nant, pro­fondé­ment marqué par la per­son­nal­ité de son père, Alexandre Graverol, aristocrate, anarchiste et artiste proche du symbolisme parisien. Figure ambivalente, qu’elle décrira comme « intelligent et cruel », il joue un rôle déterminant dans sa formation : mystique sans religion, fasciné par l’ésotérisme, l’envoûtement et la télépathie, il nourrit son imaginaire de récits féériques autant que de visions apoc­a­lyp­tiques. Il l’initie très tôt au goût esthétique, l’emmenant dans les musées bruxellois – le Musée Wiertz et le Musée des Sciences naturelles où elle est marquée par les iguanodons de Bernissart qu’on venait de découvrir à l’époque - et partageant avec elle une fascination pour les objets précieux et raffinés. Toutefois, cette éducation s’accompagne d’une autorité pesante : soucieux de lui assurer une formation irréprochable, il la confie jusqu’à l’âge de onze ans à une institution religieuse. Dans ce contexte, la jeune Jane développe un rapport complexe à la culture, oscillant entre discipline imposée et curiosité clandestine, comme en témoigne sa découverte secrète d’auteurs jugés subversifs (Zola, Mirbeau, Cladel, Villiers de l’Isle-Adam) aux côtés de lectures plus légitimées (Baudelaire, Huysmans, Lautréamont, Poë).

D’abord orientée vers des études musicales au Con­ser­va­toire, elle choisit finalement les arts plastiques et entre en 1921 à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, où elle suit notamment l’enseignement de Constant Montald et Jean Delville. Elle y reçoit une formation imprégnée de symbolisme, qui marquera durablement son imaginaire. Elle expose pour la première fois en 1927 à la galerie Fauconnier à Bruxelles. Durant les années 1930, son travail reste encore rel­a­tive­ment tra­di­tion­nel, centré sur des portraits, des paysages et des natures mortes. Sa trajectoire personnelle, marquée par deux mariages successifs — dont le premier se solde par un veuvage précoce en 1934 —, influence pro­gres­sive­ment son œuvre, qui s’ouvre à une dimension plus intro­spec­tive et symbolique. La Seconde Guerre mondiale constitue une rupture majeure : confrontée à des difficultés familiales et à l’éducation de ses enfants, elle traverse une période d’interruption presque totale de sa pratique artistique, qu’elle décrira comme un véritable « trou noir ».