Née à Berlin en 1913 d'un père médecin hambourgeois d'origine juive et d'une mère suisse, Meret Oppenheim grandit entre l'Allemagne et la Suisse dans un environnement intellectuel et artistique favorable à l'épanouissement de sa créativité. Sa grand-mère, Lisa Wenger, artiste et auteure de contes, constitue une figure d'inspiration majeure. Durant son enfance, elle fréquente notamment Hermann Hesse et Hugo Ball. Dès 1928, la lecture de Carl Gustav Jung, proche de son père, l'incite à tenir un journal de rêves qui l'accompagnera toute sa vie et nourrira profondément son œuvre.
Après avoir découvert le modernisme et l'abstraction lors d'une exposition du Bauhaus en 1929, elle abandonne ses études pour devenir peintre. En 1932, elle s'installe à Paris où elle rejoint le cercle surréaliste autour d'André Breton, Marcel Duchamp, Max Ernst et Man Ray. Si elle est rapidement érigée en muse du mouvement, notamment à travers les photographies de Man Ray, elle affirme très tôt une pratique artistique autonome. Dessins, peintures, objets, bijoux, photographies et poèmes témoignent d'une créativité multiforme qui dépasse largement cette image.
Le surréalisme, fondé par André Breton en 1924, cherche à libérer l'imagination par l'exploration de l'inconscient, du rêve et de l'automatisme psychique. Meret Oppenheim partage cet intérêt pour les images surgies de l'inconscient mais refuse toute adhésion dogmatique. Son œuvre entretient ainsi un dialogue constant avec le surréalisme tout en affirmant une profonde indépendance.
Sa notoriété internationale est assurée en 1936 par Le Déjeuner en fourrure, acquis la même année par le Museum of Modern Art de New York. En recouvrant une tasse, une soucoupe et une cuillère de fourrure, elle transforme un objet familier en présence ambiguë, à la fois attirante et dérangeante. Pour André Breton, l’œuvre est chargée de connotations érotiques et mythiques, issues de son rapprochement avec Le Déjeuner sur l'herbe de Manet et La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch.
De retour à Bâle en 1937, elle fréquente la Kunstgewerbeschule (École des arts appliqués) et se lie d'amitié avec plusieurs artistes de la scène suisse, notamment Walter Kurt Wiemken et Irène Zurkinden. Elle rejoint alors le Gruppe 33, collectif d'artistes et d'intellectuels antifascistes, ainsi que le mouvement Allianz, engagé en faveur de l'art moderne. Cette période confirme son attachement aux avant-gardes tout en renforçant son indépendance vis-à-vis du groupe surréaliste parisien.
L'ensemble de son œuvre explore les territoires du rêve, du mythe, du fantastique et de la métamorphose. Influencée par Jung, elle puise dans ses rêves, les légendes, les contes et les mythologies pour créer un univers peuplé de figures hybrides où se mêlent humain, animal, végétal et objet. Assemblages, collages et transformations d'objets ordinaires lui permettent de révéler des significations inattendues. Son intérêt pour les masques, les tatouages, les scarifications et les cultures extra-occidentales témoigne également d'une réflexion sur l'identité et l'hybridation culturelle.
Après une longue crise créatrice entre 1939 et 1954, elle retrouve une activité intense. En 1959, elle organise à Berne Le Festin, un happening où un repas est servi sur le corps d’une femme nue. Invitée par André Breton à recréer l’œuvre à Paris lors de l’Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme (EROS), elle juge la nouvelle mise en scène trop éloignée de son idée initiale et quitte ensuite le mouvement surréaliste. Elle bénéficie de sa première rétrospective au Moderna Museet de Stockholm en 1967 et reçoit le prix de la ville de Bâle en 1975. En 1984, une exposition à la Kunsthalle de Berne puis au Musée d’art moderne de la ville de Paris lui accordent une pleine reconnaissance. Elle décède à Bâle l’année suivante.