Né le 23 août 1939, Oscar Haus grandit dans un contexte marqué par l’absence paternelle : mobilisé deux jours après sa naissance, son père est fait prisonnier de guerre. Durant ses premières années, il vit seul avec sa mère, avec laquelle il développe une relation profondément fusionnelle. Cette figure maternelle, centrale et protectrice, irrigue toute son œuvre, tant par les dédicaces que par l’élan affectif qui s’en dégage.
Très tôt, la musique devient pour lui un refuge. À l’âge de quatre ans, il reçoit un accordéon, instrument qui ne le quittera plus. Initié par un voisin, il y trouve un espace d’expression face aux difficultés scolaires et personnelles. Lorsque son père revient de guerre, Oscar partage avec lui cette passion : ils jouent ensemble dans des bals musette, univers festif et populaire qui marquera durablement son imaginaire artistique.
La vie d’Oscar Haus reste cependant traversée d’épreuves. Diagnostiqué épileptique dès l’enfance, il connaît également un environnement familial difficile, notamment en raison de l’alcoolisme et de la violence de son père. Placé adolescent au Home Saint-Alfred, il poursuit ensuite une existence discrète, entre travail en verrerie puis au Centre Reine Fabiola, où il occupe un emploi aux Ateliers de Blicquy. Malgré ces conditions modestes, il mène une vie paisible, rythmée par la musique et les visites régulières de sa mère, à laquelle il restera profondément attaché jusqu’à la fin de sa vie.
C’est tardivement qu’Oscar Haus accède à la création plastique. À partir de 1996, alors qu’il est à la retraite, il fréquente l’atelier de dessin de La Pommeraie. D’abord simple lieu de sociabilité, cet espace devient rapidement celui de l’émergence artistique. Vers l’âge de soixante ans, il se met à dessiner. Ses premières œuvres représentent des motifs simples et familiers : fleurs, paysages, scènes de la vie quotidienne ou encore décorations de Noël.
Très vite, un thème s’impose avec force : celui des accordéonistes. Puisant dans des images issues de pochettes de disques ou de livres spécialisés, Oscar Haus réalise des portraits de musiciens tels que Yvette Horner, Michel Pruvot, Marcel Azzola ou encore Denys Gigot. Ces figures sont systématiquement représentées dans une posture joyeuse et souriante, incarnant une vision idéalisée et lumineuse du monde musical.
Son style se distingue par l’usage de crayons gras Karisma, dont les couleurs vives et l’effet légèrement métallique confèrent à ses dessins une intensité particulière. Les fonds sont souvent unis, ponctués de motifs simples — soleils, notes de musique, cœurs multicolores — qui accentuent le caractère naïf et enthousiaste de ses compositions. Les instruments, en particulier les accordéons, font l’objet d’une attention minutieuse : claviers détaillés, posture des bras étudiée, parfois même mention de la marque. Certaines libertés anatomiques apparaissent, comme l’allongement des doigts pour atteindre les touches, révélant une adaptation expressive au service du sujet.
Au-delà des portraits, Oscar Haus représente également des scènes de bals musette, avec danseurs et orchestres, traduisant son attachement à cet univers festif. Plus rarement, d’autres instruments — piano, trompette, batterie — apparaissent dans ses œuvres, élargissant légèrement son répertoire iconographique.
Son travail se caractérise avant tout par une profonde sincérité et une joie communicative. Derrière la simplicité apparente du dessin se lit une trajectoire de vie marquée par la résilience, où l’art devient un prolongement direct de l’expérience vécue. Jusqu’à la fin, il réalise également des poèmes et des compositions dédiés à sa mère, figure fondatrice et source d’inspiration constante.