La collection de la Province de Hainaut conserve plus d’une cinquantaine d’œuvres de Paul Duhem, constituant un ensemble particulièrement représentatif de sa production. Cet ensemble témoigne de la diversité des sujets et des techniques explorés par l’artiste durant les dix dernières années de sa vie, alors qu’il travaillait au sein de l’atelier de La Pommeraie.
Les œuvres de Paul Duhem sont immédiatement reconnaissables, notamment par une caractéristique singulière : non pas « une signature qui finalise le travail, mais qui l’entame ». Fidèle à une méthode rigoureuse acquise durant sa scolarité, l’artiste commence systématiquement par tracer un cadre à environ un centimètre du bord de la feuille. Dans l’angle supérieur gauche, il dessine ensuite un cartouche dans lequel il inscrit, au stylo Bic bleu, son nom et son prénom avec une calligraphie soignée.
Sur le plan technique, Paul Duhem privilégie l’usage de crayons de couleur, taillés au couteau, ainsi que des pastels gras ou à l’huile. « Il utilisait ses pinceaux jusqu’au bout. Jamais il ne les nettoyait. Il n’employait jamais de palette, mettant sa couleur dans une boite à sardines. Lorsqu’il choisissait une couleur, il mettait tout le contenu du tube dans la boite. Il travaillait donc par série : de bleu, de jaune, de rouge… Lorsque la boite se vidait, les différentes couleurs se mélangeaient, ses pinceaux sales y aidaient, les couleurs saturées à force de mélange donnaient à son dessin une dominante vert olive – brune. »
Au début des années 1990, ses compositions présentent des oiseaux et des moulins inscrits dans des paysages abstraits, structurés à la règle et caractérisés par des couleurs vives. Il réalise également des figures humaines encore éloignées de ses portraits les plus emblématiques : des formes arrondies, obtenues par le tracé de contours d’objets usuels comme des tasses ou des verres, où apparaissent déjà certains traits distinctifs de son style. L’usage d’outils tels que le normographe ou l’équerre lui permet de produire des formes géométriques récurrentes, notamment des demi-ellipses, qui deviendront un motif essentiel dans ses représentations architecturales.
Les thèmes majeurs de son œuvre sont le portrait et la porte, qu’il décline de manière répétitive. Ses portraits figurent généralement un personnage frontal, raide et hiératique, réduit à un buste sans bras ou doté de membres esquissés qui retombent sur la poitrine à la manière d’une écharpe. Le visage, placé au centre de la composition, présente des traits stylisés : lunettes fréquentes, cheveux évoquant une calotte, nez anguleux, bouche en forme de grain de café, oreilles rappelant des anses de tasse. Le vêtement, souvent sobre, est marqué par quelques boutons alignés sous le col. Le fond, uni ou divisé verticalement, prolonge parfois les lignes du personnage. Des éléments géométriques, tels que demi-ellipses ou triangles rectangles, viennent souvent compléter la partie supérieure de la composition.
Le motif de la porte constitue l’autre grand axe de sa production. Tracée à la règle, d’abord au crayon graphite puis mise en couleur, elle peut s’inscrire dans une représentation simplifiée de maison — un rectangle surmonté d’un triangle — ou être isolée sur un fond neutre. Les ouvertures prennent la forme de demi-ellipses ou de rectangles, parfois complétées par des détails comme une poignée latérale ou un petit cœur décoratif. Ces éléments, répétés et modulés, participent à un vocabulaire formel cohérent.
Dans certaines œuvres, Paul Duhem associe sur une même feuille, divisée en deux, un portrait et une porte, suggérant un lien possible entre ces figures humaines et des espaces habités. Cette association a suscité de nombreuses interprétations : certains y voient des autoportraits, d’autres des figures inspirées de rencontres ou de souvenirs. L’artiste lui-même a entretenu une part d’ambiguïté à ce sujet, avançant parfois des explications qu’il pouvait contredire par la suite.
Ainsi, l’œuvre de Paul Duhem se distingue par la cohérence de ses motifs, la singularité de ses procédés techniques et la richesse des interprétations qu’elle suscite encore aujourd’hui.