© Rachel Baes, La guerre des deux roses, 1968

Rachel Baes

La Guerre des deux roses, 1968

Dans La Guerre des deux roses, Rachel Baes met en scène un motif énigmatique et fortement symbolique : deux femmes, tournées dos à dos, tiennent chacune une rose à hauteur de la poitrine. Elles portent une tenue strictement identique — robe et bottines — mais se distinguent par une opposition chromatique radicale : l’une est entièrement rouge (rose, robe et bottines), l’autre entièrement blanche. Cette dualité visuelle installe immé­di­ate­ment une tension, comme un affrontement silencieux.

Les deux figures adoptent une posture cambrée, leurs corps étant reliés non par la tête, mais par un nœud formé par le tissu qui prolonge leur buste. À l’emplacement de la tête, deux pans de tissu se rejoignent et s’entrelacent comme un ruban, créant un point d’union paradoxal. Leurs pieds sont joints, renforçant l’impression d’immobilité. Dès lors, une question s’impose : tenues ainsi, peuvent-elles seulement se séparer alors même que tout semble les opposer ?

Ce motif de la tête remplacée par un ruban s’inscrit dans un thème récurrent chez Baes au début des années 1960. On en trouve un écho dans Bosquet de Marie-Antoinette (1971), où l’artiste évoque la décap­i­ta­tion de la reine, élégamment vêtue et tenant une fleur, ainsi que dans Le Siècle des Lumières. Cette sub­sti­tu­tion de la tête par un nœud ou un ruban introduit une réflexion troublante sur l’identité, la perte et la trans­for­ma­tion du sujet.

Le fond du tableau est entièrement noir, à l’exception d’un éclat lumineux, presque orageux, sur la droite. Le sol, gris et neutre, ne fournit aucun ancrage narratif. L’absence de décor concentre entièrement le regard sur ce face-à-face figé, ce duel silencieux où rien ne semble pouvoir advenir, sinon une tension suspendue.

  • Date 1968
  • Technique Huile sur toile
  • Dimensions

    100 x 80 cm (hors cadre)

Peinture

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