Jane GRAVEROL, Léternel retour, 1955. Don de Sarah WHITFIELD à la Province de Hainaut.

Jane Graverol

L’Éternel Retour, 1955

Peinte en 1955, L’Éternel Retour de Jane Graverol s’inscrit dans une réflexion complexe mêlant références mythologiques, histoire de l’art et angoisses con­tem­po­raines. L’œuvre met en scène un squelette féminisé, debout sur une plage obscure, dont la posture en con­trap­pos­to renvoie explicite­ment à la tradition classique, et plus par­ti­c­ulière­ment à La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli. Comme la déesse surgissant de l’écume selon le récit d’Hésiode dans la Théogonie, la figure centrale évoque une apparition, bien que pro­fondé­ment altérée. Si Graverol ne reprend pas le motif du coquillage, elle en conserve certains attributs icono­graphiques, notamment à travers le manteau posé sur les épaules du squelette, écho au drapé offert à Vénus par une nymphe dans la composition de Botticelli.

La posture de la figure, couvrant sa poitrine et son pubis, renvoie également au modèle antique de la Vénus pudique, dont la Vénus de Médicis constitue une référence majeure. Cependant, chez Graverol, cette gestuelle n’exprime plus la pudeur idéalisée du nu féminin, mais semble traduire une forme de honte ou de conscience tragique : le corps est réduit à une ossature, dépourvu de chair, exposant une matérialité brute et désen­chan­tée. Le contraste entre les couleurs vives du squelette et l’obscurité du paysage accentue cette tension, conférant à la scène une dimension théâtrale et presque performative.

L’œuvre dialogue avec d’autres expéri­men­ta­tions de l’artiste autour de la figure de Vénus et des menaces con­tem­po­raines. Une étude de La Naissance de Vénus conservée montre déjà une structure squelet­tique accompagnée d’une explosion atomique en arrière-plan, motif que Graverol développera dans plusieurs œuvres ultérieures telles que Le Langage des fleurs (1954), L’Avenir nucléaire (1976) ou L’Ève promise (1976 – 1977). Bien qu’aucune explosion ne soit ici représentée, L’Éternel Retour semble porter en creux cette angoisse nucléaire, inscrivant la figure dans un monde post-cat­a­strophique. Le titre lui-même suggère une cyclicité, celle d’une renaissance impossible ou altérée, où la beauté mythologique se transforme en vestige.

Enfin, l’œuvre s’inscrit dans un dialogue plus large avec le surréalisme, notamment avec Salvador Dalí, qui détourne lui aussi la figure de Vénus en 1939, ou avec René Magritte, qui reprend cette posture dans une perspective con­ceptuelle. Toutefois, Graverol s’en distingue par une approche singulière, centrée sur une relecture féminine et critique des modèles icono­graphiques : ici, la Vénus n’est plus muse ni idéal, mais figure consciente de sa propre disparition, transformée en image troublante d’une féminité à la fois vulnérable et lucide.

  • Date 1955
  • Technique Huile sur toile
  • Dimensions

    60 x 70 cm (hors cadre)

Peinture

À découvrir aussi