L’œuvre de Martha Grünenwaldt se caractérise par une production essentiellement centrée sur des figures féminines, traitées de manière obsessionnelle, mystique et profondément singulière. Ses dessins représentent le plus souvent des visages issus de son entourage — famille ou connaissances — qu’elle répète presque à l’identique, comme autant de variations d’un même modèle. Frontales, hiératiques et énigmatiques, ces figures présentent de légères différences, notamment dans le regard, élément particulièrement soigné et intensément coloré, tandis que la bouche, souvent rouge, est esquissée en quelques traits. Les visages, généralement blancs (ou teintés par la couleur du support), sont encadrés de chevelures abondantes et structurées.
Ces figures ne sont jamais isolées : elles s’inscrivent dans un réseau dense de lignes, de formes organiques et de motifs abstraits colorés qui semblent émaner d’elles-mêmes. L’artiste développe ainsi des compositions saturées, construites sans esquisse préalable, en partant d’un coin de la feuille et en poursuivant d’un geste continu, en volutes. Ce processus engendre un enchevêtrement minutieux de traits, donnant aux œuvres les plus denses une qualité presque hypnotique.
Les visages féminins apparaissent le plus souvent intégrés dans des décors foisonnants : architectures imaginaires (rues, palais, fenêtres ornées), jardins peuplés de fleurs et d’oiseaux, mais aussi motifs structurants tels que damiers, couloirs ou colonnes. Parfois, Grünenwaldt s’inspire de reproductions d’œuvres qu’elle affectionne, notamment les portraits de Giuseppe Arcimboldo.
Par certains aspects — répétition des figures, densité graphique, dimension intérieure du geste — son travail évoque celui de l’artiste Madge Gill. Toutefois, il demeure ancré dans un univers personnel, nourri de souvenirs et de réminiscences.