Né en 1972, Alexis Lippstreu développe depuis 1990 une pratique du dessin compulsive et rigoureuse. Vivant en institution en raison de son autisme, il entretient un rapport silencieux au monde, ne livrant aucune explication sur ses œuvres. Ce retrait du discours contribue à faire de son travail un espace ouvert à l’interprétation du spectateur, tout en imposant une certaine retenue critique.
Alexis Lippstreu puise exclusivement son inspiration dans les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art – de la Renaissance aux modernes – sans jamais chercher à les copier. Son travail relève plutôt d’une interprétation radicale : il extrait des tableaux leurs figures essentielles pour les reconfigurer selon un langage plastique personnel. Les références sont parfois identifiables, mais elles sont profondément transformées, au point de devenir des œuvres autonomes.
Son processus de création suit une logique quasi protocolaire en trois étapes. D’abord, il sélectionne une œuvre source. Ensuite, il en géométrise les figures, réduisant les corps à des formes anguleuses, frontales ou de profil. Ces personnages, souvent hiératiques et anonymes, semblent figés dans une présence dense et silencieuse. Enfin, il recouvre l’espace de hachures de graphite, effaçant les décors et produisant des fonds vibrants, faits de lignes rapides et presque incendiaires.
Cette tension entre la rigidité des figures et la dynamique chaotique des hachures constitue le cœur de son style. Les corps, massifs, carrés et déterminés, semblent pris dans un espace instable, parfois disloqué, où les repères classiques de perspective et de proportion sont abolis. Majoritairement réalisés en noir et blanc, ses dessins exploitent toute la richesse des nuances de gris, générant leurs propres effets de lumière. Lorsqu’il utilise la couleur, celle-ci reste rare et délicate. L’ensemble de son œuvre, forte de plusieurs milliers de dessins, se présente comme une série de variations autour de motifs empruntés, constamment réinventés.