Bettina Rheims est une photographe française née à Paris dans une famille aisée et intellectuelle. Elle étudie à l’École Alsacienne, établissement privé réputé pour sa pédagogie active et pour avoir formé de nombreuses personnalités, où elle commence à pratiquer la photographie. Au début des années 1970, elle séjourne à New York entre 1972 et 1973 et y travaille comme mannequin, une expérience qui marquera durablement son regard sur le corps, la pose et la représentation. De retour à Paris, elle participe à la création d’une galerie de peinture contemporaine entre 1975 et 1978, avant de se consacrer pleinement à la photographie.
Sa carrière débute véritablement en 1978, année où elle est initiée par le photographe Walter Carone, photojournaliste français spécialisé dans la photographie de célébrités et ayant fait l’essentiel de sa carrière à Paris Match. Elle réalise alors une première série consacrée à des strip-teaseuses foraines et des acrobates, qui donnera lieu à ses premières expositions. Ces images sont publiées dans la revue Egoïste par son amie Nicole Wisniak. Dès ce moment, Bettina Rheims affirme son intérêt pour le modèle féminin, qui deviendra le sujet central de son œuvre. Influencée par Diane Arbus, Helmut Newton ainsi que par la peinture ancienne, elle développe un style très personnel, souvent construit en studio, où elle imagine des mises en scène proches du cinéma et conçoit ses séries comme de véritables récits visuels.
Au cours des années 1980, elle s’impose progressivement dans le paysage artistique. Sa première exposition personnelle a lieu en 1981 au Centre Pompidou. En 1982, avec la série Animal, elle explore une autre forme de nudité en photographiant des animaux naturalisés dont elle capte les regards fixes et troublants, semblant exprimer quelque chose au-delà de la mort. En 1989, elle publie Female Trouble, un ensemble de portraits de femmes, célèbres ou anonymes, qui confirme son intérêt pour les multiples facettes de l’identité féminine. Parallèlement à son travail artistique, elle réalise des portraits pour la presse et la publicité, des photographies de mode notamment pour Jean-Charles de Castelbajac, des affiches de films comme Vivement Dimanche de François Truffaut, ainsi que de nombreuses pochettes d’albums pour des artistes tels que Johnny Hallyday ou Jean-Jacques Goldman. Elle réalise également des clips, dont celui de Voyage, Voyage pour Desireless, ainsi que des films publicitaires.
Dans les années 1990, Bettina Rheims approfondit sa réflexion sur les questions d’identité, de genre et de représentation. Son exposition Modern Lovers, présentée en 1990 au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, interroge l’androgynie et la transidentité à travers une série de portraits réalisés entre 1989 et 1990. Ce travail se prolonge dans les ouvrages Les Espionnes en 1992 et Kim en 1994. Elle enchaîne ensuite les séries et les expositions, s’imposant sur la scène internationale tout en cultivant une image d’artiste provocatrice, notamment avec Chambre close, série en couleur inspirée des premières photographies érotiques, où elle met en scène des femmes dans des chambres d’hôtel, ou encore avec INRI en 1999, œuvre controversée qui revisite la vie du Christ de l’Annonciation à l’Ascension et suscite un scandale par son traitement iconographique.
Photographe de renommée internationale, Bettina Rheims a réalisé les portraits de nombreuses célébrités telles que Madonna, Charlotte Rampling ou Sharon Stone, tout en continuant à photographier des anonymes. Son œuvre, largement centrée sur la représentation des femmes, propose une réflexion profonde sur la féminité, ses constructions sociales, ses contraintes et ses possibilités. Loin d’une approche fétichiste, elle cherche à comprendre ce que signifie être femme dans la société contemporaine, abordant très tôt des problématiques aujourd’hui liées aux études de genre et au mouvement queer. Nourri par une culture visuelle marquée notamment par l’imaginaire judéo-chrétien, son travail explore les tensions entre intime et public, entre sacré et profane, et met en scène des corps et des situations où se mêlent plaisir, douleur et extase, dans un univers à la fois troublant, onirique et profondément narratif.