Disparue prématurément à l’âge de 35 ans des suites d’un cancer, Christelle Hawkaluk a peu fréquenté l’atelier de La Pommeraie. Elle développe néanmoins un univers graphique singulier, immédiatement reconnaissable par son intensité poétique et la force de son imaginaire.
Avec des moyens réduits — essentiellement un crayon gris sur la blancheur du papier — elle donne vie à un monde empreint de romantisme et d’idéalisation. Ses dessins mettent en scène des princesses vêtues de robes somptueuses, des châteaux féériques et des scènes de mariage, où l’amour occupe une place centrale. La figure féminine y domine largement : placée au premier plan, elle incarne la beauté, la pureté et la rêverie, tandis que la présence masculine est marginale, voire effacée, reléguée à l’arrière-plan ou à une échelle réduite.
L’usage de la gomme constitue un élément essentiel de son langage plastique. Loin de servir uniquement à corriger, elle devient un véritable outil de création, permettant de faire émerger des lumières, de souligner des détails ou d’accentuer certaines formes. Ce jeu subtil entre tracé et effacement confère à ses œuvres une dimension presque évanescente.
L’univers de Christelle Hawkaluk est également structuré par des motifs récurrents. Parmi eux, la figure d’une colombe en vol, tenant dans son bec une enveloppe scellée d’un cœur, revient avec insistance. Véritable messagère, elle symbolise l’amour et la communication affective, fil conducteur de son œuvre. Dans ses dessins très détaillés, la végétation est toujours abondante : plantes, fleurs et lierre grimpent le long des murs du château. Elle accorde une attention minutieuse aux éléments architecturaux (tuiles, tourelles, vitraux, dallages). Les vêtements, en particulier les robes, sont richement ornées de dentelles, d'innombrables cœurs et d’étoiles. À cette iconographie s’ajoutent parfois des phylactères, dans lesquels les personnages échangent des paroles tendres, renforçant le caractère narratif et intime de ses compositions. L’artiste n’hésite pas non plus à nommer ses figures — « la princesse », « la vierge » — inscrivant ainsi ses dessins dans un registre à la fois symbolique et universel.
La dimension spirituelle occupe également une place notable. Des scènes religieuses, notamment autour de la Vierge à l’Enfant, apparaissent dans son travail, prolongeant cette quête d’un idéal d’amour, à la fois sacré et humain.
La richesse de son œuvre réside dans la profusion de détails qui invitent à une observation attentive. Chaque dessin se découvre progressivement, révélant une multitude d’éléments discrets qui participent à la construction d’un monde intérieur dense et sensible.
À bien des égards, son travail évoque celui de Aloïse Corbaz, figure majeure de l’art brut. Comme cette dernière, Christelle Hawkaluk développe une œuvre profondément marquée par l’idéal amoureux, nourrie de rêveries et d’une vision exaltée du sentiment. Chez l’une comme chez l’autre, l’art devient un espace de projection, où l’amour est sans cesse célébré, magnifié, et réinventé.