François Defontaine est un artiste dont l’œuvre est indissociable d’un parcours de vie marqué par la marginalité, l’instabilité et une profonde dépendance affective. Né dans une famille nombreuse et ayant grandi dans les corons d’Auby, près de Douai, il évolue en dehors des cadres traditionnels, fréquentant peu l’école et développant très tôt une relation singulière au monde, nourrie par l’errance et une vie nocturne intense. Cette existence en marge, qualifiée de « vie de patachon » par Bruno Gérard, animateur responsable de l’atelier de dessin à La Pommeraie, irrigue directement sa pratique artistique.
Sa création s’inscrit dans une dynamique d’urgence et de spontanéité. Peu discipliné, souvent en retard, distrait ou absent, François Defontaine travaille par fulgurances : l’inspiration surgit soudainement et se traduit par une exécution rapide, presque compulsive. Cette énergie brute confère à son œuvre un caractère profondément instinctif et expressif.
Au début des années 1990, son travail se concentre sur des compositions géométriques réalisées au pastel gras. Il développe alors un langage formel fait de lettres et de signes répétés à l’intérieur de carrés, jouant sur la variation chromatique et la rotation des motifs. Ces « alphabets » plastiques, à la fois ludiques et structurés, évoquent certaines recherches conceptuelles tout en affirmant un goût prononcé pour la couleur.
Son œuvre évolue ensuite vers des représentations figuratives, notamment animales. Oiseaux et écureuils, par exemple, sont stylisés, leurs corps recouverts de motifs écailleux colorés, dans des compositions toujours vibrantes. Mais un tournant décisif s’opère avec la découverte du nu, influencée par l’œuvre de Modigliani. François Defontaine simplifie alors les formes à l’extrême : silhouettes féminines frontales, seins figurés par deux cercles, bassin en forme de Y, tâches pour les poils pubiens, traits noirs épais et expressifs. Les visages, réduits à quelques éléments essentiels, présentent des sourcils marqués et des nez aux arêtes saillantes, tandis que les membres restent à peine esquissés. Cette période marque son passage à la peinture à l’huile sur de grands formats (100 x 150 cm), affirmant une présence plus monumentale.
À partir des années 2000, son langage plastique tend vers une simplification accrue. Les figures deviennent presque abstraites, réduites à des signes élémentaires (yeux, bouche, seins) intégrés dans des formes anthropomorphes évoquant des idoles archaïques. Cette évolution se radicalise encore après 2014, lorsque son œuvre bascule dans l’abstraction pure. Ses dernières peintures, réalisées entre 2019 et 2020, se composent de larges rectangles colorés aux contours flous, flottant sur des fonds lumineux. Ces compositions, proches de l’esthétique de Mark Rothko, explorent les effets de vibration et d’intensité chromatique.
La mort de sa mère constitue une rupture majeure dans son parcours. Figure centrale et protectrice, elle était le point d’ancrage de son existence. Sa disparition entraîne un effondrement de l’élan créatif de l’artiste, alors privé des sorties nocturnes et des aventures qui nourrissait sa vie et son œuvre.