Jacques Charlier

1939 (BE)

Artiste drôle et inclassable, refusant de voir l’art comme quelque chose de (trop) sérieux, Jacques Charlier se définit comme un éclectique radical. Adolescent, il se promet d’être un artiste qui touche à tout et ne renonce à rien. Ses parents refusent de l’inscrire à l’académie. Il va donc suivre des cours dans une école de mécanique et se lancer dans l’étude auto­di­dac­tique de l’histoire de l’art. Dès lors, il lit, col­lec­tionne, visite et surtout copie les grands Maîtres jusqu’à devenir, selon ses dires « une sorte de juke box de la peinture ». Afin de gagner sa liberté et d’être en mesure de réaliser ses rêves, Jacques Charlier se trouve un travail alimentaire : il est employé au Service Technique Provincial (STP) de Liège, de 1958 à 1978 et professeur de graphisme à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège de 1978 à 1999.

Il commence sa carrière artistique au début des années 1960. Ses premières expositions s’orientent vers l’assemblage d’objets récoltés néo-dadaïstes, associés à des pho­togra­phies. En 1963, il commence une collection de pho­togra­phies pro­fes­sion­nelles avec la complicité d’André Bertrand, avec qui il travaille au STP de Liège. A cette époque, le Pop Art et le Nouveau Réalisme sont en pleine effer­ves­cence. Il s’interroge dès lors sur le phénomène de mode et élabore un langage critique face à l’historicité dans l’art ; ce qui deviendra le thème général de sa démarche. Il réalise ensuite des agran­disse­ments pho­tographiques trans­par­ents qu’il dispose dans des caissons lumineux collés sur panneaux mais il les détruira ainsi que ses collages antérieurs. Il se lance alors dans la création de toiles au marqueur noir sur lesquels figurent des objets, des scènes avec personnages, des blocs de béton. En 1966, il reçoit une mention à la Jeune Peinture belge.

De 1965 à 1969, ses productions s’orientent dans des voies différentes : expériences musicales et vidéo­graphiques, per­for­mances, conférences sur l’art, textes poétiques, édition d’une revue, création d’un centre de dés­in­tox­i­ca­tion artistique, etc. De 1965 à 1968, Jacques Charlier anime la revue souterraine liégeoise Total’s ; une petite revue polycopiée. Il s'occupe également d'un groupe qui organise des happenings touchant à l’urbanisation et à l’écologie. L’un des happenings les plus marquants eut lieu en 1967, un jour de man­i­fes­ta­tion contre le nucléaire. Le groupe Total’s défila dans les rues de Bruxelles, les lèvres fermées par du sparadrap, brandissant un drapeau transparent et distribuant des tracts également transparents.

Avec Marcel Broodthaers, Jacques Charlier fréquente les galeries belges les plus en vue. Il y croise Kosuth, Toroni, Buren, avec qui il se lie d’amitié. En 1970, il rencontre Fernand Spille­maeck­ers qui vient d’ouvrir la Galerie MTL à Bruxelles. Celui-ci organise la première exposition des pho­togra­phies pro­fes­sion­nelles du STP qui rencontrent le succès, poussé par l’avènement de l’art minimal et conceptuel. Suite aux Paysages pro­fes­sion­nels, Jacques Charlier réalise suc­ces­sive­ment les Paysages urbain, familial et utilitaire en opposition avec le minimalisme en vogue. Les Paysages artistiquesappliquent l’idée de « peindre un arbre » pour de vrai. La cassette audio Les Paysages culturels diffuse un enreg­istrement de vernissage. C’est également l’époque des Pho­togra­phies de vernissage (1974-1975), d’une première bande dessinée (Rose Melody, 1978), des caricatures du monde de l’art inter­na­tion­al, des expériences musicales.

Au début des années 1980, Jacques Charlier revient à la peinture en parodiant le retour sur le marché de la figuration picturale (la série des Plinthures). En 1986, avec Chambre d’ennemi, réalisée à Gand pour l’exposition Chambres d’amis, il laisse libre cours à son intérêt grandissant pour les mises en scène avec la par­tic­i­pa­tion d’acteurs vivants, l’adjonction de meubles et d’objets pour recon­stituer des ambiances fan­tas­ma­tiques. Dès 1986 et jusque dans les années 1990, il recourt à des procédés qu’il veut volon­taire­ment régressifs à outrance. Ses peintures présentées dans de vieux cadres vieillis et craqués arti­fi­cielle­ment sont accompagnés d’objets chinés, de figurines modelées, … à la limite de la caricature. Il y exploite différents thèmes, comme celui de Jeanne d’Arc ou de Sainte Rita, patronne des causes désespérées. En 1988, sous le couvert d’un pseudonyme, il présente Peintures-Schilder­i­jen. Une collection de 15 artistes inventés de toutes pièces (biographies à l’appui) dans le but affirmé de casser les styles, de créer la confusion et d’interpréter les courants artistiques dans des scénarios implosifs.