Née à Buenos Aires et élevée à Trieste dans un milieu intellectuel cosmopolite marqué par les écrivains Italo Svevo, James Joyce ou Umberto Saba, Léonor Fini est une artiste autodidacte dont l’œuvre échappe aux classifications. Après un séjour à Milan, où elle découvre les maîtres de la Renaissance, le maniérisme et la peinture métaphysique italienne, elle s’installe à Paris en 1931. Son intégration à la scène artistique parisienne se confirme lorsqu’elle y présente sa première exposition personnelle en 1936 à la galerie Bonjean. Elle fréquente alors les milieux d’avant-garde et se lie à de nombreuses figures du Surréalisme, parmi lesquelles Paul Éluard, Max Ernst, Salvador Dalí ou André Pieyre de Mandiargues. Bien qu’elle participe à plusieurs manifestations majeures du mouvement, elle refuse toujours d’en devenir membre, préférant préserver son entière indépendance.
Son œuvre développe un univers singulier où se mêlent rêve, mythologie, érotisme et merveilleux. Sphinx, chimères, créatures hybrides et figures féminines souveraines peuplent des scènes énigmatiques dans lesquelles les rapports de pouvoir sont souvent inversés. Cette affirmation d’une identité féminine libre et puissante la rapproche d’autres créatrices liées au surréalisme, telles que Lee Miller et Dora Maar, qui comptent parmi ses amies et la photographient à plusieurs reprises, contribuant à façonner l’image fascinante de l’artiste.
Parmi les artistes qui lui sont proches figure également Leonora Carrington, avec laquelle elle entretient une véritable amitié dès la fin des années 1930. Toutes deux partagent un imaginaire peuplé de créatures hybrides, de mythes et de métamorphoses. Cependant, là où Leonora Carrington puise largement dans l’alchimie, l’ésotérisme et les traditions celtiques, Léonor Fini développe un univers plus théâtral, inspiré par le maniérisme italien, les mascarades et la figure récurrente du sphinx.
Une autre proximité peut être établie avec Meret Oppenheim, qu'elle fréquente et avec laquelle, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s’exile en Suisse. Les deux artistes revendiquent une liberté créatrice absolue et une remise en question des stéréotypes de genre. Toutefois, Meret Oppenheim privilégie souvent l'objet, l'assemblage et la métamorphose poétique des formes du quotidien, tandis que Fini demeure avant tout attachée à la peinture figurative et à la construction de récits visuels complexes.
Après-guerre, Léonor Fini déploie une activité exceptionnelle dans de nombreux domaines. Passionnée de littérature et de poésie, elle illustre plus d’une cinquantaine d’ouvrages, notamment ceux de Baudelaire, Verlaine, Nerval ou Edgar Allan Poe. Moins connus que ses images, ses nombreux textes, contes et récits oniriques cultivent, comme ses peintures, l’art du choc, l’humour, l’apologie du désir, de l’indépendance et du secret. Elle crée également des décors, costumes et masques pour le théâtre, l’opéra, le ballet et le cinéma, travaillant notamment pour l’Opéra de Paris, la Scala de Milan, Georges Balanchine ou Roland Petit. Figure emblématique des bals costumés de l’après-guerre, elle fait de la métamorphose un véritable art de vivre.
Par son indépendance, la richesse de son imaginaire et la diversité de ses créations, Léonor Fini demeure aujourd’hui l’une des personnalités les plus originales de la galaxie surréaliste, à la croisée de la peinture, de l’écriture, de la poésie et des arts de la scène.