Reconnu et reconnaissable entre tous, le travail de Michel Dave s’inscrit pleinement dans le champ des écrits bruts, où l’écriture devient à la fois geste, image et outil d’exploration du réel. Né en 1941 à Jumet (Belgique), il traverse un parcours marqué par une santé fragile qui l’oblige à fréquenter différents établissements spécialisés en Belgique et en Suisse. Après un passage aux Ateliers de Blicquy dès 1964, il rejoint, à cinquante ans, l’atelier de La Pommeraie à Ellignies-Sainte-Anne, lieu déterminant dans le développement de son œuvre.
Son travail repose sur une pratique rigoureuse et méthodique du dessin-écriture au marqueur acrylique. Chaque feuille est construite selon un protocole précis : Michel Dave commence toujours par inscrire, en haut à gauche, son nom ainsi que la première lettre de son prénom. Une phrase initiale est ensuite amorcée, puis un mot est répété verticalement en colonnes successives, jusqu’à saturation de la surface. Chaque phrase (ou association de mots) est entourée une fois celle-ci achevée. L’ensemble est structuré par un système chromatique codifié — bleu pour le texte et les fonds, vert pour certaines inscriptions, brun pour les corrections.
Rien n’est laissé au hasard dans ce processus. « Chaque mot est longuement soupesé – étudié – vérifié. Le dictionnaire est le compagnon indispensable à la recherche. » Cette attention extrême au langage traduit une relation presque matérielle au mot, envisagé comme une unité à la fois sémantique et plastique. L’écriture est lisible, appliquée, mais légèrement déviante, les lignes ayant tendance à fléchir vers la droite, introduisant une tension entre rigueur et dérive.