Laurence Dervaux
1962 (BE)
Après avoir suivi un enseignement artistique à l'Académie des Beaux-Arts de Tournai, Laurence Dervaux entame sa carrière artistique par le biais de la gravure et se concentre, dès ses débuts, sur le corps humain qui continue, encore aujourd'hui, à être son sujet de prédilection. Son travail, d'une grande sensibilité, est centré sur ce corps dont elle cherche à formaliser la beauté autant que la fragilité. Mais celui-ci n'est jamais montré de manière frontale. Il est plutôt suggéré, détourné au travers d'un registre de signes et de formes. Fluides vitaux, organes ou encore ossatures sont évoqués en de vastes dispositifs, aussi fascinants qu'inquiétants, que le regard, peu à peu, précise ou interprète. Ses œuvres –qu'il s'agisse d'imposantes installations ou de petits objets– permettent d'aborder la fragilité de l'existence et sa dépendance à l'environnement. Elles révèlent la mise en scène d'un jeu subtil entre l'évocation d'une forme, son pouvoir d'attraction et la réalité crue qu’elle représente dans ce qu’elle peut avoir d’effrayant ou de révulsant.
La figure mythologique de Méduse a régulièrement été convoquée pour signifier cet état d’effroi face à la re-prise de conscience de ce corps dont les regardeurs oublient souvent la présence. Dans son ouvrage, Méduse. Contribution à une anthropologie des arts du visuel, Jean Clair révèle combien cette figure joue de l’ambivalence, à la fois puissance de nuit et de mort, mais aussi de fascination et de grâce. Pétrifiant celui qui la regarde, elle attire le regard avant de méduser; opération qui survient lorsque l’on découvre, épouvanté, que ce que l’on observe depuis un moment avec un ravissement envoûté, est (une part de) nous-même; saisissement, écrit l’auteur, devant la reconnaissance du Même à travers l’identification de ce qui nous apparaît à première vue comme Autre. Ce basculement entre émoi et effroi, entre fascination et répulsion, lorsque l’on comprend soudain que ces formes organiques savamment colorées que l’on contemple avec délectation depuis un moment ne sont que des parties de nous-mêmes, est le ressort essentiel de l’œuvre de Laurence Dervaux.
En 2023-2024, l'artiste a investi l'ensemble du BPS22 pour présenter l'exposition Nous, huit milliards d'humains, moins vingt-sept, plus septante, le temps de lire ce titre alliant regard rétrospectif et œuvres inédites.