Composition, dessin à l’encre de Chine en noir et blanc, s’inscrit dans une période essentielle de la recherche plastique de Jo Delahaut. Au milieu des années 1950, l’artiste affirme pleinement son engagement en faveur de l’abstraction géométrique et développe un langage fondé sur la ligne, la structure et la maîtrise de l’espace. Cette période correspond également à la création du groupe Formes en 1956, fondé après les tensions apparues au sein du groupe Art abstrait entre partisans du lyrisme et défenseurs d’une abstraction construite et rationnelle. Jo Delahaut choisit alors une voie de plus en plus épurée, où la composition repose sur des rapports précis entre formes et surfaces.
Dans Composition, le recours exclusif au noir et blanc renforce cette volonté de dépouillement. Privé de la couleur, le regard se concentre entièrement sur le rythme des lignes, les tensions entre les formes et l’organisation du vide. L’encre de Chine permet à l’artiste d’obtenir une grande netteté graphique et une précision presque architecturale dans le tracé. Les éléments géométriques semblent s’articuler selon une logique interne rigoureuse, tout en conservant une sensation de mouvement et de respiration dans l’espace de la feuille.
Cette œuvre témoigne de l’importance du dessin dans la réflexion de Jo Delahaut sur la construction plastique. Même si le dessin occupe une place plus discrète dans son œuvre que la peinture, il constitue pour lui un terrain d’expérimentation fondamental où se développent les principes qui nourriront ensuite ses compositions peintes : équilibre, tension, subdivision du plan et interaction des formes. À travers cette économie de moyens, Jo Delahaut cherche moins l’effet décoratif qu’une forme de clarté visuelle capable de susciter concentration et contemplation.
Par sa sobriété formelle et sa rigueur graphique, Composition illustre ainsi l’une des ambitions majeures de Jo Delahaut dans les années 1950 : construire un langage abstrait universel, débarrassé de toute référence au réel, où la ligne et la structure deviennent les vecteurs d’une expérience mentale et sensible.