Composition : Passage (1988) de Jo Delahaut appartient aux dernières recherches plastiques de l’artiste, période durant laquelle il pousse son langage géométrique vers une forme de synthèse et de dépouillement extrême. L’œuvre se compose de douze carrés colorés juxtaposés, organisés selon une structure rigoureuse où la couleur devient l’élément central de la composition. Réduisant volontairement le vocabulaire formel à des formes élémentaires et répétitives, Delahaut cherche moins à représenter le réel qu’à créer une expérience sensible fondée sur le rythme, l’équilibre et les rapports chromatiques.
Dans cette série tardive des « carrés », la couleur acquiert une autonomie totale. Les aplats chromatiques dialoguent entre eux dans une tension subtile entre ordre et vibration visuelle. Fidèle à sa conception d’une abstraction construite, Delahaut privilégie une organisation pensée et maîtrisée où rien n’est laissé au hasard. La répétition du carré, forme primaire et universelle, devient le support d’une méditation plastique visant à susciter chez le spectateur une émotion silencieuse et immédiate.
L’œuvre témoigne également de l’évolution de l’artiste vers une peinture de plus en plus épurée et contemplative. Depuis les années 1940, Delahaut poursuivait l’ambition « d’ordonner le chaos » par la géométrie et la couleur ; avec Composition : Passage, cette recherche atteint une forme d’aboutissement. Les contrastes chromatiques, les rapports d’échelle et le rythme sériel des carrés produisent un espace visuel dynamique où la simplicité apparente masque une réflexion approfondie sur la perception et l’harmonie.
Par son dépouillement et son intensité chromatique, Composition : Passage illustre parfaitement la dimension à la fois rationnelle et sensible de l’œuvre de Jo Delahaut. Elle révèle un artiste qui, jusqu’à la fin de sa carrière, considéra la géométrie non comme une froide construction intellectuelle, mais comme un moyen d’atteindre une forme de sérénité intérieure et d’universalité plastique.