Anita Molinero, Tina, 1998.

 Anita Molinero, Tina, 1998.

 Anita Molinero, Tina, 1998.

Anita Molinero

Exposition de rentrée

Exposition

Icône de la sculpture en France, Anita Molinero (Floirac, 1953) travaille uniquement à partir d’objets man­u­fac­turés qu’elle récupère après usage. Souvent qualifiée de "punk", sa pratique se caractérise par des gestes brutaux et irréversibles qui violentent les objets récupérés : elle chauffe, brûle, tord, lacère, compresse ou cogne. Elle contraint la matière de l’objet jusqu’aux limites de l’informe. Le moteur de son œuvre est la rencontre entre le geste et la matérialité. Ainsi, entre destruction et modelage, entre mort et renaissance, Anita Molinero crée une œuvre emblé­ma­tique d’un monde dominé par la sur­pro­duc­tion et l’épuisement des ressources naturelles. Pour cette première grande exposition en Belgique, l’artiste réalise plusieurs nouvelles productions, à partir de matériaux collectés dans la région.

Commissaire : Camille Goujet
Exposition du 26.09.2026 au 03.01.2027
Vernissage le 25.09.2026 dès 19:00

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Biographie

Anita Molinero, née à Floirac (Gironde) en 1953, est la fille d’une mère française et d’un père anarchiste espagnol. Diplômée de l’École supérieure des Beaux-Arts de Marseille en 1977, elle devient, quatre ans plus tard, l'une des plus jeunes pro­fesseures d'école d’art. Elle poursuit sa carrière d’enseignante entre Poitiers, Valen­ci­ennes, Bogota, Bordeaux et Marseille.

Depuis sa première exposition au Musée Sainte-Croix à Poitiers en 1985, jusqu’à son exposition mono­graphique au MAC Marseille en 2024, Anita Molinero bénéficie d'une importante recon­nais­sance insti­tu­tion­nelle en France. Son travail a fait l’objet de 35 expositions per­son­nelles dans des insti­tu­tions publiques telles que Le Consortium à Dijon, le Musée d’art Moderne de Paris, le Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine, le MAMCO à Genève, le CRAC à Montbéliard, Le Shed, et ses œuvres figurent dans 13 collections françaises.

Cependant, il faudra attendre ses 54 ans pour que le marché de l’art la reconnaisse, soit 30 ans après son diplôme des Beaux-Arts. D'abord représentée par la galerie Alain Gutharc de 2007 à 2015, puis par la Galerie Thomas Bernard – Cortex Athletico, elle est désormais représentée par la galerie Christophe Gaillard depuis 2022.

Jonglant entre ses différents postes d’enseignante, sa vie de famille et sa pratique artistique, Anita Molinero garde peu d’archives de son travail au fil des années. Elle va même jusqu’à détruire une grande partie de ses sculptures par manque d’espace.

En 2007, elle quitte Marseille pour s’installer à Paris. Depuis, elle navigue entre divers ateliers éphémères capables d’accueillir ses productions souvent "hors-normes".

Pratique artistique

Icône de la sculpture en France, Anita Molinero travaille uniquement à partir d’objets man­u­fac­turés qu’elle collecte. Souvent qualifiée de sculptrice du feu, elle transforme ces objets par des gestes brutaux et irréversibles : elle chauffe, tord, lacère, compresse et cogne. Elle contraint la matière de l’objet jusqu’aux limites de l’informe. Ce qui lui importe, c’est la rencontre entre le geste et la matérialité qui s’entrechoquent. Ainsi, entre destruction et modelage, elle sculpte une nouvelle vie des formes. 

Dès le début des années 1980, elle utilise des matériaux modestes et « pas regardables », éloignés d’une conception classique des matériaux artistiques (carton, mousse, bouteilles en plastique, film alimentaire, emballages en tous genres). Ces objets lui permettent d’explorer les questions formelles que soulève la sculpture : le plein, le vide, le poids, le volume, l’équilibre. Mais au-delà de ces con­sid­éra­tions artistiques académiques, ces objets la fascinent par leurs formes et leur con­tem­po­ranéité. Depuis le début de sa pratique, Anita Molinero s’entoure d’objets, de "choses" qu’elle contemple et interroge au quotidien. Certains d’entre eux restent parfois des années dans son atelier avant de trouver leur place dans une production, d’autres sont réemployés dans de nouvelles sculptures, elles-mêmes des recyclages d’anciennes œuvres.

Loin d’être une artiste engagée dans son rapport à l’art, elle affirme tout de même vivre et travailler avec son temps. Nous sommes au début des années 2000, et ce temps, c’est celui du plastique. Pour Anita Molinero, ce plastique omniprésent dans nos vies est un médium inévitable qu’elle place alors au centre de sa pratique artistique, notamment à la suite d’un événement marquant.

En 2000, l’artiste habite à Marseille où elle est professeure. Habitante de la Belle de Mai, elle assiste à ce qu’elle qualifie de "choc esthétique". Une man­i­fes­ta­tion éclate, et un groupe de jeunes met le feu aux poubelles du quartier. Pour elle, ces poubelles fondues sont de véritables sculptures. C’est la rencontre du feu (le geste) et du plastique (la matérialité). Il s’agit de la première poubelle d’Anita Molinero (Collection du Musée d’art Moderne de Paris), quasi ready-made, désormais considérée comme l'objet-signature de sa pratique.

Depuis cet événement, le mobilier urbain a pris une place à part entière dans sa sculpture. Les échelles des œuvres sont devenues plus imposantes : plots de chantiers, lampadaires, plaques d’isolants, conteneurs. Qualifiée par l’artiste elle-même de "post-Tchernobyl" et de « monstrueuse », la matérialité de ses œuvres nous confronte à un univers de science-fiction où la sculpture donne vie aux rebuts et aux objets les plus communs de notre quotidien.